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Une bande dessignée ?

Dans le cadre de mon doctorat en communication, je réalise une thèse de recherche-création, qui consiste en un essai doctoral d’environ 200 pages ainsi qu’une bande dessignée bilingue en français et en langue des signes québécoise (LSQ).

Émergence du projet

En 2012, j’ai créé un zine en français intitulé C’est tombé dans l’oreille d’une Sourde. Ce titre se voulait un jeu de mots pour permettre aux gens de réfléchir aux diverses significations de cette réappropriation. Par exemple, lorsqu’une personne s’exclame : « Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd », cela signifie qu’elle porte attention à ce qui vient d’être dit, qu’elle le considère en démontrant un intérêt marqué. Or, dans notre société, les Sourd-es jouissent de bien peu d’attention quant à leurs enjeux et revendications, bien qu’illes vivent quotidiennement différentes formes d’oppression. C’est notamment à cette situation que je porte une attention particulière… en effet, c’est tombé dans l’oreille d’une Sourde.

Tout comme l’humour, les expressions idiomatiques se traduisent difficilement d’une langue à l’autre… le titre en LSQ n’est donc pas une traduction littérale. Je pourrais le traduire en français ainsi : ça rentre par une oreille et ça sort par l’autre, mais ne croyez pas qu’il s’agisse de perte auditive. Les Sourd-es perçoivent et vivent le monde selon une panoplie de perspectives qui nous inspirent et qu’on exprime notamment par la richesse des langues des signes.

Alors que le zine initial n’était qu’en français, le projet a pris de l’ampleur. La bande dessignée que je réalise actuellement dans le cadre de mon doctorat en communication est bilingue, ce qui a considérablement transformé le processus d’écriture et de production.

Démarche de recherche-création

Ma démarche de recherche est exploratoire et elle prend la forme d’une recherche-création. En résumé, je me demande comment le fait de vivre comme personne sourde est vécu concrètement au jour le jour, entre autres, face à l’oppression. Par exemple, lorsqu’une personne entendante rencontre une personne sourde pour la première fois, c’est l’occasion pour elle de poser diverses questions pour en apprendre davantage sur la surdité, le fait de vivre avec une surdité ou encore les langues des signes. Or, pour les personnes sourdes à qui l’on pose ces questions, il s’agit d’une énième fois. Je me demande alors comment elles perçoivent et vivent cette expérience de répétition continue de ces questions de la part des personnes entendantes ou, de façon plus générale, la réitération d’expériences d’oppression. Comme il y a plusieurs manières de vivre comme personne sourde, j’aimerais faire connaitre différents points de vue et expériences.

Bande dessignée

Inspirée de souvenirs et de réflexions autobiographiques ainsi que de rencontres avec des Sourd-es et des membres de ma famille, la bande dessignée sera diffusée sur ce site Internet, sous la forme d’un livre virtuel en noir et blanc dont on peut tourner les pages. Elle comportera des vidéos de protagonistes signant la LSQ, montées avec un effet de dessin animé et arrimées à des phylactères (bulles de textes en français) ainsi qu’à des photos et des dessins édités avec un logiciel graphiste.

L’expression « bande dessignée » m’est venue à l’esprit un soir où j’expliquais que ma création embrasse les codes de la bande dessinée tout en intégrant la vidéo comme forme d’écriture de la langue des signes. C’est une bande dessinée en signes... une bande dessignée.